Le laser peut-il prévenir certains cancers de la peau ?

Vous connaissez le laser pour ses applications médicales et esthétiques : atténuer des taches, traiter la couperose, lisser les cicatrices.

Mais saviez-vous qu'il joue un rôle dans la prévention de certains cancers cutanés ?

C'est ce que mettent en avant des études récentes dont les résultats sont suffisamment prometteurs pour mériter qu'on vous en parle. 

Un peu de contexte : les cancers cutanés les plus fréquents

Les cancers de la peau les plus courants ne sont pas les mélanomes, même si ce sont ceux dont on entend le plus parler.
Ce sont les carcinomes cutanés (basocellulaires et spinocellulaires), aussi appelés cancers kératinocytaires.

Ils apparaissent le plus souvent sur les zones régulièrement exposées au soleil : le visage, le décolleté, les mains, les avant-bras.

Leur principal facteur de risque ? L'exposition aux rayons ultraviolets (UV), accumulée tout au long de la vie, et qui s'intensifie avec l'âge.

Avant de devenir des cancers à proprement parler, ces lésions passent souvent par un stade précancéreux : les kératoses actiniques.
Ce sont des petites plaques rugueuses, un peu rêches au toucher, qui apparaissent sur les zones exposées au soleil.

Elles ne deviennent pas toutes des cancers, mais certaines peuvent évoluer : et c'est précisément à ce stade que la prévention est la plus efficace !

 

Pourquoi la peau vieillie est-elle plus vulnérable ?

Pour comprendre comment le laser pourrait aider, il faut d'abord comprendre pourquoi la peau âgée réagit différemment aux UV.

Dans une peau jeune et saine, quand les rayons UV endommagent l'ADN des cellules cutanées, la peau dispose d'un mécanisme de protection efficace : elle bloque temporairement la reproduction cellulaire, le temps de réparer les dégâts.

Avec le vieillissement, ce mécanisme de protection s'altère. Les cellules de la peau continuent de se multiplier même en présence d'ADN endommagé, ce qui crée les conditions favorables à l'apparition de lésions précancéreuses, puis de cancers.

Pourquoi ? En partie à cause des fibroblastes sénescents.
Ce sont de vieilles cellules du derme (la couche profonde de la peau) qui ont perdu leur capacité à produire une protéine clé : l'IGF-1 (facteur de croissance insulinomimétique de type 1).
Or ce fameux IGF-1 joue un rôle central dans la réparation de l'ADN après une exposition aux UV.
Moins il y en a, moins la peau sait se défendre !

Ce que le laser fractionné peut changer

C'est là qu'intervient une découverte scientifique particulièrement intéressante.

Le laser fractionné est utilisé habituellement pour traiter les cicatrices, les rides ou le vieillissement cutané, et il provoque de micro-blessures très précises dans la peau.
Ces micro-blessures déclenchent un mécanisme de réparation naturelle : la peau fabrique de nouveaux fibroblastes jeunes, qui produisent à nouveau de l'IGF-1 en quantité normale !

En d'autres termes : le laser renouvelle le tissu cutané en profondeur, en remplaçant les vieilles cellules par des cellules jeunes et fonctionnelles, capables de protéger correctement la peau contre les UV.

Un essai clinique randomisé* a été publié dans le Journal of Clinical Investigation.

Cette étude médicale a testé cette hypothèse sur des patients de 60 ans et plus, présentant un nombre important de kératoses actiniques (lésions précancéreuses) sur les avant-bras.
Un seul bras a été traité par laser fractionné ablatif.
L'autre a servi de témoin.

Résultats sur 36 mois de suivi :

  • Le nombre de kératoses actiniques a été drastiquement réduit sur le bras traité, et cette réduction s'est maintenue dans le temps.
  • Le nombre de cancers cutanés diagnostiqués était de 2 sur le bras traité, contre 24 sur le bras non traité.
  • L'effet protecteur était encore visible 3 ans après une seule séance.

Ce n'est pas seulement le traitement des lésions existantes qui explique ces résultats : le laser semble également prévenir l'apparition de nouvelles lésions, en restaurant la capacité de la peau à se défendre contre les UV.


* C'est quoi un essai clinique randomisé ? C'est la méthode la plus rigoureuse en médecine pour tester un traitement : on le teste sur de vraies personnes, et le hasard décide qui le reçoit et qui ne le reçoit pas : pour éviter tout biais et s'assurer que les résultats sont fiables. C'est le "gold standard" de la recherche médicale.

 

Et le laser vasculaire dans tout ça ?

Une autre piste de recherche concerne le laser à colorant pulsé (LCP), habituellement utilisé pour traiter les rougeurs, la couperose et les petits vaisseaux.

Des travaux préliminaires suggèrent qu'il pourrait, lui aussi, contribuer à réduire le risque de survenue de carcinomes cutanés, en agissant cette fois sur certaines molécules pro-inflammatoires (des cytokines) impliquées dans le développement des cancers cutanés.

Selon ces données, il pourrait même diviser par deux le risque de survenue de ces lésions !

Ces résultats sont prometteurs, mais encore à confirmer par des études plus larges.

 

Qui pourrait bénéficier de cette approche ?

Ces résultats ne signifient pas que tout le monde devrait se faire traiter au laser fractionné à titre préventif. Mais ils ouvrent des perspectives particulièrement intéressantes pour certains patients à risque :

  • Les personnes présentant déjà de nombreuses kératoses actiniques sur les zones photo-exposées
  • Les patients ayant des antécédents de carcinomes cutanés et qui sont donc susceptibles d'en développer de nouveaux
  • Les personnes très exposées au soleil tout au long de leur vie (professions en extérieur, pratiques sportives prolongées en plein air…)
  • Les patients immunodéprimés, notamment les transplantés d'organes, qui sont particulièrement vulnérables aux cancers cutanés

Dans tous ces cas, une consultation chez un dermatologue spécialisé en laser permettrait d'évaluer si cette approche pourrait s'intégrer à une stratégie de prévention personnalisée.

 

Le laser ne remplace pas la photoprotection et le suivi dermatologique

Aussi prometteurs que soient ces résultats, ils ne remettent pas en question les fondamentaux de la prévention des cancers cutanés.

La photoprotection reste la mesure essentielle et irremplaçable :

  • Éviter autant que possible l'exposition directe au soleil aux heures où les UV sont les plus intenses
  • Porter un chapeau, des vêtements couvrants et chercher l'ombre aux heures les plus ensoleillées
  • Appliquer une crème solaire SPF 50 tous les jours sur les zones exposées, et renouveler l’application en cas d’exposition prolongée
  • Éviter les cabines UV
  • Surveiller régulièrement sa peau et consulter un dermatologue en cas de lésion nouvelle, qui se modifie ou ne cicatrise pas, ainsi que selon le rythme de surveillance recommandé en fonction de ses facteurs de risque.
Le laser pourrait, à l’avenir,  venir compléter ces mesures pour les personnes à risque élevé mais certainement pas les remplacer.
 

Ce qu'il faut retenir

Le laser fractionné commence à démontrer un potentiel préventif réel contre les cancers cutanés non mélanomes, au-delà de ses applications bien connues. 

En renouvelant le tissu cutané en profondeur, il pourrait restaurer les mécanismes naturels de défense de la peau contre les UV et réduire significativement le risque de kératoses actiniques et de carcinomes chez les patients à risque.

Ces résultats demandent à être confirmés à plus grande échelle.

Mais ils illustrent bien une chose : le laser en dermatologie est bien plus qu'un outil esthétique.
C'est une technologie médicale dont le champ d'application continue de s'élargir.

Les points clés à retenir :

✓ Les carcinomes cutanés sont les cancers de peau les plus fréquents, favorisés par le soleil et l'âge
✓ Le laser fractionné pourrait contribuer au renouvellement des cellules vieillissantes du derme en restaurant certains mécanismes de défenses naturelles de la peau contre les UV
✓ Un essai clinique randomisé a montré une réduction drastique des kératoses actiniques et des carcinomes sur 3 ans après une seule séance 
✓ D'autres types de lasers (vasculaire) montrent également des résultats prometteurs
✓ Ces recherches sont prometteuses, mais elles ne permettent pas encore de considérer le laser comme un traitement préventif de routine des cancers cutanés et il ne dispense en aucun cas de l'application de crème solaire
✓ Ces approches ne remplacent ni la photoprotection, ni la surveillance de la peau, ni le suivi dermatologique

 

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